Jurats et Tiers Etats

Après la chute de l’Empire romain, la société franque est strictement hiérarchisée, depuis les Francs vivant sous la loi salique, en haut de l’échelle, jusqu’aux esclaves, à l’autre extrémité. Rappelons-nous que, vers le XII-XIIIème siècles, la société est déjà divisée en trois ordres : ceux qui prient, ceux qui combattent et ceux qui travaillent.
L’évolution vers cette partition sociale à trois niveaux fondamentaux s’est produite lentement. Durant les dynasties mérovingienne et carolingienne, les seigneurs jouissaient du droit de justice et d’administration sur leurs terres, et étaient les chefs de guerre, mais les rapports de vassalité les plaçaient sous la dépendance du roi. La masse de la population restait vouée à l’obéissance et au travail : elle était notamment exclue du droit de propriété. Mais, à partir du Xe siècle, les seigneurs ne peuvent plus déplacer les paysans à leur guise, sans respect des liens familiaux. La permanence de familles paysannes sur les terroirs entraîne un certain droit des serfs sur les terres qu’ils cultivent, et l’émergence de communautés villageoises.
Dans les bourgs, l’Église se pose en rivale des seigneurs. L’affaiblissement des institutions municipales jusqu’aux Xe et XIe siècles entraîne la fusion des divers éléments de l’ancienne société gallo-romaine. Comme les seigneurs dans leurs domaines, les villes obtiennent peu à peu la souveraineté à l’intérieur de leurs remparts, même si les situations restent très diverses selon les cités. Aux XIIe et XIIIe s., l’autorité royale se renforce tandis que villes et campagnes connaissent un essor remarquable (c’est l’ère des grands défrichements). Recevant des privilèges du roi, les villes deviennent un élément à part de la hiérarchie féodale ; les représentants des villes peuvent être convoqués lors d’états provinciaux, même si ces convocations sont facultatives.
La charge de maire introduite à Bordeaux à la fin du XIIe siècle, a rencontré une forme plus ancienne de gouvernement de la ville dont le personnage principal était le jurat, un titre que l’on retrouve dans de nombreuses villes de la Gironde aux Pyrénées.
En 1244, la corporation était composée d’un maire, dont le mandat est annuel, cinquante jurats, trente conseillers et trois-cents citoyens élus par le peuple sous le nom de défenseurs. À la fin du XIIIe siècle, le nombre de jurats est réduit à vingt-quatre, et celui des défenseurs à cent.
Lorsque, en 1302, Philippe IV le Bel convoque les représentants de certaines villes à une réunion que l’on peut considérer comme les premiers états généraux du royaume, cette accession des villes à un statut qu’elles n’ont jamais encore atteint ne semble pas extraordinaire. Il s’agit pour le roi de France de s’assurer du soutien du royaume dans le conflit qui l’oppose au pape, et de faire plier le clergé. Les villes assurent le roi de leur loyauté, et leurs représentants affirment que Philippe IV doit conserver la « souveraine franchise » du royaume. Même s’il ne s’agissait là, du point de vue du souverain, que d’une entente « tactique » entre la couronne et le tiers état contre le clergé, les représentants du peuple devaient se souvenir de cet important précédent pour chercher à faire entendre leur opinion dans la conduite des affaires du royaume.
Durant la guerre de Cent Ans, le pouvoir monarchique, qui traverse une crise d’une extrême gravité, cherche à s’appuyer sur l’ensemble du royaume pour faire bloc face à l’Angleterre. En 1351, les états généraux réunissent à la fois la langue d’oc (sud du royaume) et la langue d’oïl (nord), mais bien que l’ensemble des sujets soient conviés à députer aux états généraux, aucune émergence marquante du troisième ordre ne se produit. Ce ne fut qu’à partir des états de 1355, qui ne réunissent que le nord du royaume, que le tiers état s’affirme politiquement à travers les figures des chefs parisiens, dont le plus connu est Etienne Marcel. Certains bourgeois de la capitale mettent en effet à profit la situation de crise (le roi Jean le Bon a besoin d’argent, puis, en 1356, il est fait prisonnier par les Anglais lors de la bataille de Poitiers) pour demander l’entrée de représentants du tiers état au conseil royal. Mais le reste du royaume ne suit pas les chefs des marchands parisiens dans leurs revendications. L’assassinat d’Étienne Marcel, en 1358, marque le retour à l’ordre. Les conséquences politiques à plus long terme de cette rébellion sont cependant fondamentales. La question des impôts, si importante pour la bourgeoisie marchande, va rester au cœur des revendications du tiers état. déplaise de la bourgeoisie
À la différence des deux premiers ordres du royaume, le clergé et la noblesse, le tiers état, lui, ne bénéficie d’aucun privilège particulier. Bien qu’il soit uni juridiquement, il existe en son sein une hiérarchie que crée la dignité de la fonction exercée. Ainsi, les officiers de justice et de finances, les gradués de l’université, les médecins, les avocats, les financiers et les gens d’affaires se placent devant les négociants, les apothicaires, les laboureurs et les artisans ; les brassiers (ou manouvriers) des villes et des campagnes, les vagabonds et les mendiants se tiennent en bas de l’échelle.
De nombreux antagonismes dressent les membres du tiers les uns contre les autres jusqu’à la fin de l’Ancien Régime. En fait, le monde paysan et le petit peuple des villes n’ont pas de représentants aux états provinciaux (sauf dans la région pyrénéenne) ; dans ces assemblées, dont la constitution est nettement aristocratique (excepté en Languedoc), le tiers ne peut rien, le plus souvent, contre la volonté des ordres privilégiés, que l’on vote par têtes, comme c’est l’usage le plus général, ou par ordres, comme en Bretagne. Aux états généraux, la majorité des députés du tiers sont des officiers royaux et des robins : aux états de 1614-1615, où il envoie 187 députés dont 31 sont nobles et 72 détenteurs de seigneuries, le tiers compte 114 officiers, 18 magistrats municipaux, 30 avocats et seulement 2 marchands et un laboureur ; ainsi, la « bourgeoisie bureaucratique », dont une partie est anoblie ou en voie d’anoblissement, « représente » le tiers.
Cette bourgeoisie, dont les états généraux du XVIe s. révèlent la hauteur de vues et l’esprit politique qui l’inspire, exerce une influence sur la législation : en effet, les grandes ordonnances d’Orléans (1561), de Moulins (1566) et de Blois (1579) reprennent en partie les doléances du troisième ordre aux états d’Orléans (1560-61) et de Blois (1576-77). Au plan local et provincial, les députés du tiers participent activement, ainsi qu’ils l’avaient demandé lors des états généraux de 1484, à la rédaction et à la révision des coutumes aux XVe et XVIe s.
Pendant des siècles, le tiers défend l’ordre monarchique et sert souvent d’appui au pouvoir royal pour briser les résistances ou les prétentions du clergé et de la noblesse, notamment lors des états de 1614-1615. L’hostilité entre la noblesse, fière de son ascendance, et le tiers état, qui fait valoir son rôle économique et social, fait de ce dernier une entité politique désormais clairement opposée à la noblesse. Le tiers exprime ouvertement sa supériorité intellectuelle sur la noblesse lorsque son délégué, Savaron, lieutenant général d’Auvergne, affirme devant le roi que la noblesse a « bien souvent moins de mérite, suffisance et capacité que le tiers état », et que si elle se tient à l’écart des offices royaux, c’est du fait de « l’opinion en laquelle elle a été depuis de longues années que la science et l’étude affaiblissaient le courage ». Les privilégiés du tiers substituent ainsi, à la supériorité de l’hérédité invoquée par les nobles, la hiérarchie des talents et des compétences. Ces premiers contours du passage d’une société d’ordres fondée sur la naissance à une société de classes fondée sur le rôle et l’utilité sociale s’affinent sous les règnes de Louis XIV, Louis XV et Louis XVI. Cependant, le tiers état reste impuissant politiquement : aucune des demandes des délégués du troisième ordre aux états généraux de 1614-1615 n’est satisfaite.
L’absence de convocation des états généraux entre 1614 et 1789 coïncide avec le mouvement des Lumières et le rejet de l’absolutisme. L’opuscule de Sieyès : Qu’est-ce que le tiers état ? rend compte des aspirations du troisième ordre, résumées par une formule devenue fameuse : ce que voulait le tiers état, lui qui était « tout » mais n’avait aucune part au pouvoir, c’était « être quelque chose » dans l’ordre politique.1789 : le tiers état au pouvoir
Lors de la convocation aux états généraux le 5 mai 1789, les personnes pouvant assister aux assemblées du tiers état sont définies par la loi comme « tous les habitants des villes, bourgs et campagnes, nés Français ou naturalisés, âgés de vingt-cinq ans, domiciliés et compris au rôle des impositions ». C’est la quasi-totalité des sujets du royaume qui est invitée à élire des députés (seuls les vagabonds et les pauvres sont exclus du vote). Mais, parmi les députés élus ne figure qu’un seul paysan. La représentation politique du tiers n’a donc que peu à voir avec sa réalité sociale. Les paysans forment en effet au XVIIIe s. l’immense majorité de la nation : environ 18 millions de paysans sur 28 millions de Français en 1789.
La députation du tiers état, forte de 578 membres, compte environ 200 avocats, une centaine de commerçants, d’industriels et de banquiers, 3 ecclésiastiques (dont l’abbé Sieyès) et 11 nobles (dont Mirabeau). Elle se fait l’apôtre des nouveautés : la « révolution constituante » sera essentiellement l’œuvre des gens de lois qui la dominent.
La haute bourgeoisie, dont le rôle dans la société fut éminent à la veille de 1789 s’efface en effet au profit de la moyenne bourgeoisie, composée des professions libérales, des médecins ou encore des journalistes, qui a dû attendre la Révolution pour jouer le rôle essentiel qu’elle revendiquait, et de la petite bourgeoisie, parfois peu distincte des classes populaires.
Lorsque, le 27 juin 1789, Louis XVI invite le clergé et la noblesse à siéger avec le tiers, Bailly déclare à la tribune de la toute nouvelle Assemblée nationale : « La famille est complète. » Les trois ordres sont donc destinés à se fondre dans cette nouvelle Assemblée, celle de la nation. L’abolition des privilèges, le 4 août 1789, révèle qu’à une société d’ordre ( l’Ancien Régime comme on appelle dès ce moment la monarchie absolue) vient de succéder une société de classes : la position sociale d’un individu ne sera désormais plus déterminée par sa naissance (cas de la noblesse), par l’ordre dans lequel il rentre (cas du clergé) ou par son « absence de naissance » (sens d’origine du mot « ignoble », qui désigne un non-noble, un roturier), mais par sa richesse, son activité économique, son talent. Ainsi que le déclare l’article premier de la Déclaration des Droits de l’Homme et des Citoyens adoptée le 26 août 1789 : « … les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. »

JD Birebont novembre 2008

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Sous-Préfecture, arrondissement de Bordeaux

Sous-Préfecture, arrondissement de Bordeaux
à Messieurs les Maires de l’Arrondissement

Monsieur le Maire,

Le sieur Saget, artiste de Bordeaux, vient de terminer le buste de grandeur naturelle, de sa Majesté Louis XVIII. Ce buste a été jugé très-ressemblant par toutes les personnes qui ont eu le bonheur de voir notre auguste Monarque. Indépendamment de ce précieux avantage, il se recommande encore par une belle exécution. Les fonctionnaires publics, beaucoup de personnes de distinction, se sont empressées de souscrire chez l’auteur. J’ai pensé que chaque Maire de mon arrondissement devait posséder l’image révérée de Louis le Désiré. Les citoyens rendus à leurs travaux, les propriétaires jouissant enfin du produit des sols et du fruit de leurs sacrifices, les mères de famille pressant désormais, sans crainte et sans amertume, leurs enfants en sur leurs seins, aimeront à contempler les traits chéris du Monarque auquel nous devons la paix et le bonheur. Ce buste sera, Messieurs les Maires, le plus bel ornement de vos fêtes publiques ; vous lui devrez d’heureuses inspirations dans vos réunions municipales ; et tant qu’on pourra le prendre à témoin de ses intentions, on aura bien servi le Prince de la Patrie.
En conséquence, j’ai l’honneur de vous inviter à souscrire pour le prix de 20 francs. Si votre commune a des fonds en caisse, je vous autorise à tirer un mandat sur Mr le Percepteur ; il lui sera alloué dans ses comptes et il tiendra cette somme à ma disposition, sur l’avis que vous m’en donnerez en m’accusant réception de la présente. Dans le cas contraire, veuillez ouvrir une souscription qui sera bientôt remplie par les principaux habitants de votre commune. Il convient qu’elle soit terminée d’ici au 15 du mois prochain. Le produit en sera déposé soit chez le sieur Saget : fossés de l’Intendance au n° 44, soit chez le percepteur de votre commune.
Je vous prie de me faire immédiatement connaître vos dispositions.
J’ai l’honneur Messieurs, de vous saluer avec une considération distinguée.

Fait à Bordeaux le 19 octobre 1814, signé Chicou-Bourbon, Sous-Préfet.
La souscription pour le buste de Louis XVIII organisée lors de la fête publique qui eut lieu à Castelnau chef-lieu de Canton rapportera 42,25 francs dont 3 francs donnés par Lafon Ducluzeau mais aussi
0,10 francs par certains citoyens……. Les temps étaient durs pour certains…….

JD Birebont, octobre 2008

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Eglise de St Amand de Saumos

Après destruction au IXème siècle, par les Normands d’une ancienne église en bois, l’église actuelle aurait été édifiée en rapport avec les grands pèlerinages sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle. Elle était Chapelle de Commanderie des Templiers, avec un hôpital, dès 1170.

Cette paroisse est mentionnée pour la première fois par écrit le 31 mars 1343 dans le testament du noble et baron le Seigneur Jean II de Grely (Grailly), qui était Captal de Buch et Seigneur de Puypaulin, du diocèse de Bordeaux. Les pèlerins de St Jacques de Compostelle empruntait les sentiers venant de Benon, Ste Hélène ou Brach, puis continuaient vers le Temple de Sauturges avant de s’enfoncer dans les landes marécageuses et insalubres et rejoindre St Jean-Pied-de Port puis, par le col de Huntto (prononcez Hountio), ils empruntaient le camino afin de rejoindre Roncesvallès (Roncevaux), direction St Jacques de Compostelle.

Après Saint Orientalis et Saint Delphin, Saint Amand (« du latin Amandus ») a été le 3ème évêque de Bordeaux fin IVème siècle et Vème siècle, avec Saint Seurin ; selon une notice de Saint Grégoire de Tours, il fut le prédécesseur et le successeur de Saint Seurin. Il est représenté dans l’église par le magnifique vitrail du Grand Chœur.
C’était une église séculière d’après l’abbé Baurein donc ne dépendant pas d’un ordre religieux, mais directement de l’Archevêque.

Connue sous le nom de St Amand de Courguas, située dans les landes du Médoc à quatre petites lieues de la juridiction de Castelnau dont elle dépendait, cette paroisse est située dans l’archiprêtré de Buch et de Born. Construite début du XIIème siècle, son église comporte une nef, un porche roman et un chevet à forme plate aux angles arrondis. Le chevet était composé à l’origine de quatre colonnes demi-engagées dans des pilastres plats. Il n’en subsiste que trois, la quatrième ayant été détruite lors de la construction de la sacristie. Ces colonnes reposent sur bases moulurées et les chapiteaux sont ornés de feuillages. La façade occidentale est surmontée d’un clocher mur percé de deux baies pour accueillir deux cloches et on peut y trouver une pierre gravée en 1113. Lors du transfert du cimetière en 1896, il a été signalé la découverte de sarcophages du VIème siècle dont un est encore visible dans les jardins du presbytère.

Au XVIIème siècle, une seconde nef est érigée à l’honneur de la Ste Vierge en forme d’appentis avec charpente et lambris de bois, une sacristie tribune qui sera supprimée au XIXème siècle. Son clocher actuel date de 1731, la réfection des bénitiers de cette date également mais depuis la révolution jusqu’à 1842, l’absence de prêtre et donc de culte ont provoqué le délabrement de l’édifice.

C’est en 1853 que commencent les grandes réparations de l’église. Une nouvelle cloche sera posée en 1856 avec comme inscription : St Amand patron de la paroisse de Saumos, Osten trésorier de la Fabrique, fabricant Deyres et Fils de Bordeaux.

Puis de 1891 à 1893, les murs seront rehaussés de 50cm en pierre d’alios, des voutes en brique seront construites, des contreforts extérieurs à abside arrondie consolideront le chevet, le Grand Autel à retable sera restauré et une porte cloutée sera posée après percement du mur Ouest. Les vitraux de Pierre Gustave Dagrand peintre verrier de Bordeaux, élève de Maïtre Joseph Villet de Bordeaux agrémenteront le style de cette église paroissiale.

De 1949 à 1975, durant le ministère de l’abbé Chantrenne (en 1954), l’Autel de la Ste Vierge sera restauré sous la supervision des sœurs dominicaines de Bordeaux. En 1972, une chaire offerte par le prêtre de Cenon achèvera la décoration et en 1988, la croix du clocher sera déposée, restaurée puis remise au sommet du clocher.

JD Birebont, octobre 2008

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Compléments historiques

Les anecdotes relatées ci-dessous sont complémentaires à celles du tome I et pourront apporter un certain éclairage sur les évènements castelnaudais.

On se souvient qu’en 1307, Pierre de Grely avait épousé Assahilde de Bordeaux qui mourut en 1327. Ils eurent une fille, Brunissen, qui se mariera à Bérard d’Albret, fils d’autre Bérard seigneur de Vayres et de Verteuil. Le contrat de leur mariage fut passé dans les cloîtres de l’Eglise Saint André le 18 juin 1336. Veuf d’Assahilde, Pierre de Grely se remarie avec Ayremburge, sœur d’Archambaud comte du Périgord. De ce mariage fut procréé Archambaud de Grely, futur captal de Buch.

Aux environs de Meaux, une révolte paysanne d’environ 40000 individus armés de fourches et de masses, élisent un chef nommé Jacques Bonnerre dont l’insurrection prendra le nom de Jacquerie. Ils conspirent pour la perte de la Noblesse et on ne sauroit exprimer les ravages qu’ils font dans la campagne ni les cruautés horribles qu’ils y exercent. Ils étaient sur le point de forcer la ville de Meaux occupée par le duc d’Orléans et son épouse, lorsque Jean III de Grely, revenant de Prusse avec le comte de Foix et leurs 60 lanciers gascons, entre dans la ville, charge les révoltés et les met en fuite après en avoir tué 7000.

Jean III de Grely commanda les troupes de Charles II roi de Navarre à la bataille de Cocherel en 1364 mais il y fut fait prisonnier par le roi de France. La paix surviendra rapidement l’année suivante entre ces deux rois belligérants grâce à l’aide et le grand sens de Monseigneur le Captal de Buch Jean de Grely. Le roi de France lui en témoigna beaucoup de bienveillance et en reconnaissance, lui donna la terre et le château de Nemours. La satisfaction du roi de France fut de courte durée car, de retour auprès du prince de Galles, Jean III de Grely dépêcha son écuyer pour renvoyer son hommage au roi de France et à renoncer au don qu’il en avait reçu. Il en fut rapidement dédommagé par le roi de Navarre qui, par Lettres Patentes du mois de mai 1365, lui assigna 3000 livres et la châtellenie de Conches en Normandie. Pour ne pas être en reste, le prince de Galles voulant récompenser les différents services rendus par Jean III de Grely, lui donna (et à ses descendants mâles) le comté de Bigorre avec tous les droits qui en dépendaient (Lettres Patentes du 27 juin 1369 faites à Angoulème). Mais la guerre ne tarde pas à se rallumer entre la France et l’Angleterre et Jean III de Grely fut à nouveau fait prisonnier en 1372. Charles V, roi de France, refusa de rendre le captal de Buch aux anglais car il étoit pour ce jour le Chevalier de Gascogne et d’Angleterre que le roi de France désiroient le plus à tenir parce qu’il étoit moult fort hardi et bon Capitaine. Jean III de Grely mourut dans sa prison en 1377 et enseveli dans l’Eglise du Temple de Paris.

Sans postérité, ce sera donc son oncle Archambaud de Grely (fils de Pierre II et d’Ayremburge du Périgord) qui héritera de la seigneurie de Castelnau en Médoc le 19 octobre 1380. Archambaud épouse Isabelle de Foix, dame de Navailles, fille de Roger Bernard Vicomte de Castelbon, et c’est l’évêque d’Urgel en Catalogne qui leur impartit la bénédiction nuptiale au château de Civrac le 20 août 1381. En 1399, Mathieu de Castelbon, comte de Foix et de Béarn, meurt sans postérité et c’est Isabelle de Foix, sœur unique de Mathieu, qui hérite de tous ses biens et rattache ainsi les comtés de Foix et de Béarn à la maison de Grely. C’est depuis cette période que la branche de Grely n’a plus été connue que sous le nom de branche de Foix.

Archambaud de Grely, avant même de devenir comte de Foix, était un des principaux seigneurs du pays bordelais. On peut juger de son influence lorsqu’il s’opposa vigoureusement au duc de Lancastre en 1394, fraîchement élu duc de Guienne par Richard II roi d’Angleterre par Lettres Patentes du 2 mars 1389 faites à Westminster. Arrivé à Lormont le 9 février 1394, le duc de Lancastre n’obtint l’autorisation que de s’installer à Saint-Seurin et ce n’est que le 14 mars suivant, après d’âpres négociations, qu’Archambaud obtient de ce même duc de Lancastre la ratification de la possession de la seigneurie de la Tresnes ainsi que celle de la Mothe en Buch. De son mariage avec Isabelle de Foix, Archambaud aura 5 enfants mâles. Ce sera son second fils Gaston qui héritera des terres avec, entre autres, le château de Castelnau (titre daté du 20 juin 1432, voir tome I ).

Plus tard, Gaston III de Foix, est qualifié le 4 décembre 1529 et le 8 mai 1538 : seigneur , Baron de Castelnau. Il avait épousé en premières noces, Catherine de Lescun fille d’Odet Deydie, Vicomte de Comminges et de Marie de Lescun. Veuf, il épousa en secondes noces Marthe fille héritière de Jean III comte d’Astarac. Il fut père en premier lieu de François de Foix (Comte de Candale), de Christophe de Foix (évêque d’Aires décédé en 1569) et de François de Foix de Candale (successeur de son frère décédé à l’évêché d’Aires). Ce prélat fonda une chaire de Mathématiques au Collège de Guienne le 29 juillet 1591 et l’enregistra au Parlement par devant le notaire Dechadirac le 6 août suivant. Puis, Gaston III de Foix et Marthe d’Astarac furent parents de 2 filles : Marie de Foix de Candale (future Vicomtesse de Ribérac, ce sera cette dernière que l’évêque d’Aires François instituera comme héritière universelle le 15 mai 1592). Enfin, naîtra en dernier, Jacqueline de Foix de Candale.

Le premier fils de Gaston III, François, se mariera avec Françoise de la Rochefoucault et ils auront un enfant Henri de Foix de Candale qui épousera Marie de Montmorency ( Pair et Connétable de France). Henri fut tué au siège de Sommières et laissa deux filles : Françoise, qui sera abbesse de Sainte-Glossine de Metz, et Marguerite de Foix de Candale l’aînée qui fut l’héritière universelle de Henri et Marie. Elle se mariera en 1587 avec Louis Nogaret de la Valette, duc d’Epernon.

Comme je le rappelle sur le tome I, la seigneurie de Castelnau est considérée comme la plus considérable du Médoc après celle de Lesparre et de Blanquefort. Elle jouit du droit de Haute Justice sur les paroisses ou quartiers de Castelnau, Salaunes, le Porge, Listrac, Cussac, Moulix, y compris Broustéra et Bouqueyran, Courgas aujourd’hui Saumos et Sérigas.

Enfin, on est en droit de penser que, lorsque le bourg de Castelnau commença à se former, on sentit la nécessité de construire une église (chapelle) attenante au château, annexe en premier lieu de l’archiprêtré de Saint-Saturnin à Moulix, dans les anciens pouillés du Diocèse. Un peu plus tard, cette église est devenue maîtresse de ses droits et c’est par ces diverses gradations que s’est formée la paroisse de Castelnau qui n’est pas, à beaucoup près, très ancienne. On dénombre en 1770, 245 feux (foyers) ce qui supposeroit une population de 1225 personnes. 4 foires annuelles les samedis : le jour des Cendres, avant le jour des Rameaux, avant le dimanche de la Trinité et avant la fête de la Toussaint.

Pour terminer, un petit rappel : au XIVe siècle, l’abbé Expilly prétendra que Castelnau était l’emplacement de la ville engloutie de Noviomagus ce qui paraîtra dépourvu de toute vraisemblance aux historiens car, à ce jour, aucun vestige d’antiquité n’a été mis à jour sur le territoire de notre commune (même pas l’existence du souterrain du château, dommage).

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Pierre René Chauvet 1879/1964

Une autre figure castelnaudaise s’est illustrée hors des frontières de notre bourgade.

Pierre Aramis Chauvet, boucher de notre village, épouse le 27 novembre 1878 à Castelnau de Médoc, Jeanne Marine Adine Jeantry. Rapidement enceinte, Adine accouche le 27 septembre 1879 d’un petit garçon que les époux appelleront Pierre René. Ayant passé toute son enfance et suivi sa scolarité à Castelnau, l’adolescent passionné de musique, d’art et de littérature, grandira au travers d’études littéraires à Bordeaux, d’études musicales au grand conservatoire de Paris pour assouvir son rêve de jeunesse et devenir un compositeur reconnu, chef d’orchestre de concerts de musique classique puis directeur du Grand Théâtre de Bordeaux de 1914 à 1928, Bordeaux où il sera domicilié 103 boulevard David Johnston. Il sera engagé volontaire et mobilisé du 2 août 1914 au 30 janvier 1919 comme adjudant dans les Chasseurs Alpins (46ème division d’Infanterie) à Nice, combattra dans les Vosges et sera fait Chevalier de la Légion d’Honneur en 1930. A la fin des hostilités, il s’exilera à Vichy (03) où il deviendra Directeur du Grand Casino.
Très prolifique, il publiera un grand nombre d’œuvres musicales de tous genres : l’anniversaire opéra-comique en 2 actes, Il était une bergère opéra-comique en 1 acte, scènes pyrénéennes suite et orchestre de danses basques variées en 1910, scènes de carnaval et autres danses basques………. Au Théâtre de Bordeaux, il créera de nombreuses pièces de théâtre dont fleurette, l’heure espagnole, le savetier du Caire, quand la cloche sonnera, l’amour sorcier, le Chevalier de la Rose……… Il écrira des musiques pour des pièces de la poétesse roumaine Hélène Vacaresco, représentante de la Roumanie à la Société des Nations mais aussi des poésies d’Alfred de Musset comme Adieux à Suzon.
Sur ses vieux jours, il sera Président Fondateur de la Mutuelle des Musiciens Anciens Combattants Bordelais (MMACB), Organisateur de manifestations de bienfaisance pour venir en aide aux œuvres suivantes : fédération girondine des œuvres antituberculeuses, le phare de Bordeaux pour la rééducation des aveugles, organisateur de colonies de vacances scolaires pour la Croix Rouge française, initiateur des crèches pouponnières de la Bastide, membre du jury du Conservatoire de Bordeaux, Fondateur et Directeur de la Société Philharmonique bordelaise, membre de la Société des Amis de l’Art………..
Il s’éteindra le 28 décembre 1964 à Bayonne (64) à l’âge de 85 ans.

De Jean-Claude Gaillard, octobre 2013

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